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Le Coup de Bluff

  • Eliott Fouchard
  • 16 nov. 2025
  • 8 min de lecture

 (Guillermo est attaché à une chaise avec un sac occultant sur la tête. Sergio le tient en joue avec un pistolet.)

 

[Sergio]

-Mes hommes t’ont enfin attrapé.

[Guillermo]

-Qui me parle ?

[Sergio]

-Tu ne reconnais pas ma voix ? C’est Sergio…

[Guillermo]

-Sergio comment ?

[Sergio]

-Sérieusement ? Tu connais beaucoup de Sergio capables de t’enlever ?

[Guillermo]

-J’aurais peut-être une meilleure mémoire si tes hommes ne m’avaient pas fracassé le crâne pour m’assommer.

[Sergio]

-(Soupir) ... C’est Sergio López.

[Guillermo]

-Arg, c’est toi !

[Sergio]

-Eh oui !

[Guillermo]

-Mon deuxième pire ennemi !

[Sergio]

-Ah, seulement deuxième ? C’est qui le premier ?

[Guillermo]

-C’est Fernando ! 

[Sergio]

-J’avoue que c’est un salopard, mais moi j’ai quand même fait tuer ta femme et tes enfants… Qu’est-ce qu’il a bien pu te faire de pire ?

[Guillermo]

-C’était toi ?!

[Sergio]

-Bah oui c’était moi. Ça m’a étonné que tu ne veuilles pas te venger d’ailleurs.

[Guillermo]

-Mais moi je croyais que c’était Fernando !

[Sergio]

-Tout s’explique.

[Guillermo]

-Tu es vraiment mon pire ennemi !

[Sergio]

-Ah, je préfère ça.

[Guillermo]

-Enlève-moi cette cagoule que je te crache au visage.

[Sergio]

-Non, je ne tiens pas vraiment à voir ta sale gueule.

 [Guillermo]

-Arg ! (Réfléchit) ... De toute façon, tu vas vite être contraint de me libérer.

[Sergio]

-Voyez-vous ça ! Monsieur serait en position de négocier ? Et pourquoi donc ?

[Guillermo]

-Parce que mon garde du corps est le meilleur sniper du pays, qu’il est posté sur le toit d’en face et qu’il a son viseur braqué sur ton front.

[Sergio]

-Oh non, mon dieu, j’ai peur ! Et qu’est-ce qui te fait dire tout ça au juste avec ta cagoule sur la tête ?

[Guillermo]

-Je n’ai pas besoin de le voir, je le sais.

[Sergio]

-Donc d’après toi on est dans un immeuble ?

[Guillermo]

-J’ai senti que vous m’aviez fait prendre l’ascenseur.

[Sergio]

-On ne peut rien te cacher Guillermo. Et ton garde du corps serait sur le toit d’en face, c’est bien ça ?

[Guillermo]

-Exactement. Tu as 10 secondes pour me libérer, pas une de plus.

[Sergio]

-Bon eh bien, je m’exécute. Je n’ai pas d’autre choix de toute façon. Tu m’as bien eu sur ce coup là.

[Guillermo]

-On n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace Sergio... Bon, tu attends quoi pour me libérer ?

[Sergio]

-(Explose de rire) Hahaha mais quel coup de bluff minable !

[Guillermo]

-Qu’est-ce qu’il y a ?

[Sergio]

-Premièrement, on a pris l’ascenseur oui, mais pas pour monter, pour descendre dans un sous-sol sans fenêtre. Donc à moins que ton sniper soit caché dans un coin de la pièce avec nous, ça m’étonnerait que je sois dans son viseur.

[Guillermo]

-Mierda !

[Sergio]

-Deuxièmement, ton fameux garde du corps champion de tir à l’arc là, il est mort et enterré depuis déjà plusieurs heures.

[Guillermo]

-Mierda de mierda !

[Sergio]

-En plus c’est l’une de mes toutes nouvelles recrues qui l’a buté sans aucune difficulté ! Haha ! J’espère au moins que tu ne le payais pas trop cher ! Hahaha ! (Continue de rire)

[Guillermo]

-(Réfléchit) ... L’une de tes nouvelles recrues tu dis ?

[Sergio]

-Oui, pourquoi ?

[Guillermo]

-Et comment s’appelle cette recrue ?

[Sergio]

-Il se fait appeler Pedro.

[Guillermo]

-(Rire forcé) Haha ! C’est là que je te bas Sergio !

[Sergio]

-Oh non, je paris que je suis passé à côté d’un détail crucial qui va me coûter la vie cette fois-ci.

[Guillermo]

-Épargne moi ton sarcasme parce que ce que tu viens de dire est parfaitement exact : Pedro n’est nul autre que l’un de mes agents infiltrés chez toi Sergio. Il n’a pas tué mon garde du corps sniper comme il te l’a dit, au contraire, il lui a donné l’emplacement et les codes d’accès de ta base secrète. À mon avis, tu ferais mieux de me libérer et de prendre la fuite temps qu’il en est encore temps.

[Sergio]

-Tu voudrais dire que mon propre fils Pedro m’aurait trahi ? Qu’après m’avoir apporté la tête décapitée de ton garde du corps il ne l’aurait pas enterré avec le reste de sa dépouille ? Mais qu’au lieu de ça, il l’aurait en fait recousu sur son corps, ressuscitant miraculeusement ton garde du corps, pour enfin venir me tuer dans ma base secrète ?

[Guillermo]

-Pedro est ton fils ?

[Sergio]

-C’est un faux nom bien sûr, mais oui.

[Guillermo]

-Mierda !

[Sergio]

-En plus, même si Pedro avait trahi son propre père, il n’a aucune idée d’où nous sommes actuellement. Je ne lui ai pas encore parlé de ce tout nouvel avant-poste pour assurer la distribution de ma cocaïne sur ton territoire.

[Guillermo]

-Arg ! Ne t’approche pas de mon territoire !

[Sergio]

-Sinon quoi ? Tu vas envoyer un garde du corps zombie à ma poursuite ? Tu vas retourner mon propre fils contre moi ? Tu ne vas rien faire du tout, parce que ta route s’arrête ici et aujourd’hui Guillermo. Et ton territoire m’appartient désormais, que tu le veuilles ou non.

[Guillermo]

-(Réfléchit) ... Maintenant que tu parles de ton nouvel avant-poste sur mon territoire...

[Sergio]

-Qu’est-ce que tu vas encore inventer ?

[Guillermo]

-... Rien du tout. Ça me rappelle juste une discussion que j’ai eu avec Fernando...

[Sergio]

-Tu parles avec ce salopard ? Je croyais que c’était ton pire ennemi jusqu’à aujourd’hui.

[Guillermo]

-(Avec un ton condescendant) ... Il ne faut pas croire tout ce qu’on te raconte Sergio, je te croyais moins crédule...

[Sergio]

-Bon accouche, qu’est-ce que tu as à me dire à propos de cet avant-poste ?

[Guillermo]

-(Continue de réfléchir) ... Eh bien, Fernando connaît non seulement la position de cet avant-poste, mais en plus il compte mener une attaque aujourd’hui même, dans à peine 5 minutes !

[Sergio]

-Ah oui, toujours plus.

[Guillermo]

-Libère moi et je dirai à Fernando de vous laisser la vie sauve à toi et ton fils Pedro.

[Sergio]

-Attends, donc tu es en train de me dire que Fernando a planifié une attaque sur ton territoire ?

[Guillermo]

-Je lui ai donné la permission seulement pour détruire ton avant-poste et récupérer ta cocaïne. Tu ne m’auras pas sur ce coup-là, je dis la stricte vérité.

[Sergio]

-Et il planifie une attaque dans 5 minutes, c’est bien ça ? 

[Guillermo]

-Exactement.

[Sergio]

-Parce que tu sais quelle heure il est ?

[Guillermo]

-(Réfléchit) ... Eh bien, pas à la seconde près...

[Sergio]

-Dis-moi Guillermo, sais-tu seulement s’il fait jour ou nuit ?

[Guillermo]

-Il fait... Nuit !

[Sergio]

-(Soupire) Oui, il fait nuit.

[Guillermo]

-Je le savais !

[Sergio]

-Tu as eu un coup de chance.

[Guillermo]

-Ou alors je le savais. En tout cas, tu n’es pas sûr si c’était de la chance ou non. Donc peut-être que tout ce que je t'ai raconté est vrai. Tu prendrais le risque de tout perdre Sergio, jusqu’à ta vie, celle de ton fils et de tous tes hommes ?

[Sergio]

-... Ça y est.

[Guillermo]

-Quoi “ça y est” ?

[Sergio]

-Ça y est, ça fait 5 minutes que tu as dit que Fernando attaquait dans 5 minutes.

[Guillermo]

-Alors ça ne devrait plus tarder. C’est ta dernière chance de me libérer...

[Sergio]

-Si l’attaque est prévue pour maintenant, il est quelle heure maintenant ?

[Guillermo]

-Bah comme je t’ai dit, c’est la nuit...

[Sergio]

-Je veux une heure précise.

[Guillermo]

-(Réfléchit) ... Il est 23h.

[Sergio]

-Non Guillermo, il est 5h du matin.

[Guillermo]

-(Réfléchit) ... Oui, du coup il est bien 23h en Colombie.

[Sergio]

-Qu’est-ce que tu me racontes encore ?

[Guillermo]

-Avec Fernando on se base toujours sur le fuseau horaire colombien, le fuseau horaire de nos fournisseurs de cocaïne, pour brouiller les pistes quand on se donne rendez-vous au cas où on serait sur écoute.

[Sergio]

-C’est fou tout ce que tu arrives à inventer pour que je te libère Guillermo.

[Guillermo]

-Mais je n’invente rien du tout !

[Sergio]

-Ils étaient marrant tous tes coups de bluff, mais malheureusement pour toi, il est l’heure de faire tes prières.

[Guillermo]

-Arg ! (Réfléchit) ... Très bien. Donne-moi une minute. (S’agenouille et prend une voix solennelle) Seigneur… Si c’est aujourd’hui que je dois te rejoindre, alors je pars en paix. Je laisse derrière moi mes regrets... Mes péchés... Et mes 500 kilos de cocaïne ultra pure.

[Sergio]

-Pardon ?!

[Guillermo]

-Seigneur… Je laisse aussi mes économies : deux containers remplis de ligots d’or et de billets. Personne ne les trouvera jamais. Pas même Sergio, ce pauvre idiot qui croit surement que j’ai tout perdu.

[Sergio]

-Jusqu’à ta mort tu n’auras raconté que des conneries.

[Guillermo]

-Bon, tu arrêtes de me couper ? Je suis en train de prier. Et puis je ne vois pas pourquoi je me fatiguerais à continuer de mentir. Quoique je dise, j’ai bien compris que j’étais condamné. Et surtout, je n’oserais pas mentir à dieu.

[Sergio]

-Arg ! Mais alors si ce que tu dis est vrai…

[Guillermo]

-Oui Sergio, tu m’auras pris ma famille, tu m’auras pris jusqu’à la vie, mais tu ne trouveras jamais ma fortune légendaire. Et malgré ton travail acharné, tu n’atteindras jamais le niveau de richesse que j’ai atteint aujourd’hui. Toute ta vie, tu devras te contenter d’être le 2ème mafieux le plus prospère du pays après moi. Et quand ce sera à ton tour de mourir, on se souviendra de toi comme d’un lâche. Car au lieu d’avoir essayé de me battre à la loyal, en vendant davantage de drogue ou même en me volant, tu n’auras pris aucun risque et m’auras oté la vie. Mais vas-y Sergio, tue-moi. Tu m’enterreras avec ton honneur, avec l’emplacement secret de mon trésor, et donc avec ma conscience tranquille.

[Sergio]

-Hmm… Bon écoute, on va faire un marché. Tu me dis où tu caches ton trésor, ensuite je te libère.

[Guillermo]

-D’abord tu me libères, ensuite je te donne les coordonnées de mon trésor.

[Sergio]

-(Soupire) Très bien. (Il retire la cagoule de Guillermo et coupe ses liens) Parle maintenant.

[Guillermo]

-Bien sûr, bien sûr. Mon trésor se trouve… (Il se redresse, fixe Sergio droit dans les yeux) … Dans ton imagination.

[Sergio]

-Hin ?

[Guillermo]

-(Crache au visage de Sergio) En plein dans les yeux !

 

(Sergio brandit son arme et tire à l’aveugle le temps de s’essuyer les yeux, mais Guillermo donne un coup dans son bras, faisant partir la balle dans la seule ampoule du sous-sol. Guillermo, dont les yeux se sont habitués à l’obscurité avec les heures passées sous sa cagoule, parvient facilement à s’enfuir alors que Sergio, fou de rage, tire à l’aveugle dans tous les sens jusqu’à vider son chargeur.)

 

[Sergio]

-(En criant) Je te retrouverai, tu m’entends !

[Guillermo]

-(En criant) Essaie déjà de trouver la sortie Sergio ! Avec les échos du sous-sol, je paris que tu n’as aucune idée d’où je suis. Eh bien sache que je resterai caché, avec mon trésor, dans ton imagination, dans tes rêves qui ne seront plus que des cauchemars à partir d’aujourd’hui. Des cauchemars dans lesquels c’est moi qui te retrouverai pour venger ma famille. Des cauchemars qui deviendront vite réalité, crois-moi. C’est la seule vérité que j’aurai dite aujourd’hui d’ailleurs. (Prend la fuite en courant)

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