Soirée sur un Yacht
- Eliott Fouchard
- 17 juil. 2022
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 mars 2023
J’avais été invité sur un yacht pour une soirée déguisée sur le thème un peu bateau de la mer. Méticuleux comme je suis, j’avais préparé le tricorne, le cache-œil, la longue veste de toile de voile et le pantalon ample.
Aussitôt arrivé sur le pont du navire, le capitaine sortit de ses quartiers et exigea qu’on mette le feu, rien que ça. Le malandrin avait piraté quelques bonnes playlists et pouvait désormais se vanter d’être un DJ avec du flot.
Je n’avais jamais été capitaine de navire. Quoiqu’il en soit, je n’étais pas capitaine de soirée non plus alors j’en profitais : un petit rhum, un autre, encore un et un dernier.
C’est alors qu’une sympathique silhouette me tapa dans l’œil : celui qui n’était pas couvert. La jeune femme à la démarche chaloupée semblait avoir mis les voiles vers la poupe du navire et, me décidant à la suivre, je me surpris à observer la sienne. Je manœuvrais pour emprunter l’étroit chenal qu’elle dessinait dans la foule, restant toujours dans son sillage mais à distance raisonnable.
Elle décida enfin de s’arrêter près du buffet de fruits de mer. C’était un bien joli navire qu’il me fallait aborder et, n’étant pas très bon dragueur, je devais trouver un moyen infaillible de briser la glace... Je réalisai enfin qu’il suffisait de me jeter à l’eau.
Je commençai donc à m’avancer lentement vers elle lorsque le capitaine me barra la route, à défaut de barrer son bateau. Pour approcher davantage celle que je convoitais, je m’appuyai sur l’épaule du capitaine et attrapai une crevette du buffet avant de la porter à ma bouche. Elle me remarqua enfin. Avant que je naval, je la saluai la bouche pleine « Chalut ! », et me présentai. Elle ne comprit pas. Perché sur l’épaule du capitaine je me répétai alors tel un perroquet. Elle me sourit enfin et me partagea également son nom : Océane.
Nous discutâmes un moment. À sa façon de me regarder et de se marée, je savais qu’elle ne me trouvait paquebot mais aussi trimaran. Il faut dire que j’étais au taquet ! Tout se passait bien, j’avais le vent en poupe. Je ne pouvais qu’être optimist pour la suite.
Je voulais paraitre encore plus confiant pour impressionner tel le Titanic. Le problème c’est que ce célèbre bâtiment est certes fait de « Titane », mais il y a un « hic ». Ainsi, à trop prendre la confiance, je me la coulais douce et finis malheureusement par dériver sur un sujet houleux qui mit le feu aux poudres. Je l’avais déçu et elle prit les voiles. J’avais certes réussi à briser la glace au début, mais je m’étais ensuite pris un énorme iceberg, là encore comme le Titanic... Bref, j’avais échoué.
Il était temps de noyer mon chagrin. À l’instar du barre qui se laisse tenter par le verre, je me rendais au bar pour commander un verre.
Ce faisant, je croisai un matelot qui semblait populaire. L’homme en question était un boulet en vérité, mais comme il avait rapporté pas mal de poudre, il était entouré de canons qui étaient toutes de mèche. À mon avis un type comme ça voulait juste tirer son coup. J’écoutai un moment ses anecdotes bien trop vagues pour être crédibles : le mousse menait tout le monde en bateau juste pour se faire mousser.
Étonnamment, ce dernier me repéra et me proposa de sniffer la fameuse poudre. Je le pris d’abord pour un barge, puis compte tenu de ce qui venait de se passer j’acceptai d’essayer. Je n’eus pas le compas dans l’œil sur ce coup-là, j’en pris une dose bien trop importante ! D’autant que j’avais déjà bu beaucoup de rhum... Je ne réalisai pas dans quoi je m’étais embarqué.
Ce fut le début du bad trip, du mauvais voyage. Celui d’un bateau naviguant sur une mer déchaînée. Je commençais à avoir le mal de mer et la musique me tambourinait dans les oreilles. Une galère dans laquelle mon estomac, mes reins et mon foi ramaient à contre-courant.
Les femmes qui entouraient le matelot semblaient toutes me dévisager. Ulyss se serait attaché au mât de l’embarcation pour ne pas succomber au charme de ces sirènes, mais moi il fallait que je bouge de là !
J’étais en nage et je commençais à suffoquer, mais je n’étais pas complètement bloqué, il me suffisait de me défroquer. Or pour ne pas choquer, ni être moqué, il me fallait d’abord retourner au quai, et cela aussi vite qu’un joueur de hockey pour que les gens du karaoké ne remarquent pas ma condition malgré mon hoquet. Le plan me semblait OK.
Malheureusement, après seulement quelques pas, je m’écroulai contre la rambarde. J’étais devenu un corps-mort, une épave. Un homme me cria en rigolant : « Hey matelot, pourquoi tu mates l’eau ? ». En réalité j’étais déjà en train de repeindre la coque du navire et de nourrir les poissons, une pierre deux coups.
Pour ne pas attirer davantage l’attention, je pris une décision absurde. J’escaladai le cordage comme un nœud nœud et me jetai à l’eau. C'était dans mes cordes. PLOUF ! « Un homme à la mer ! », j’entendais crier.
Et c’est ainsi que cette soirée-là je m’étais jeté deux fois à l’eau : la première fois au sens figuré en abordant une jeune femme magnifique, et la deuxième fois au sens littoral à cause d’un abus d’alcool et de drogue, pour finir comme un naufragé ivre mort à la dérive dans son propre vomi.

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